Une saison pleine de surprises et de bonbons
Quarante ans pour le Chœur de Chambre de Namur. Cinq ans pour le Grand Manège. Deux anniversaires : il fallait bien une saison de fête.
Voilà pourquoi vous croiserez dans ces pages d’étranges instruments transformés en piñatas. En Amérique latine, et particulièrement au Mexique, la piñata accompagne les fêtes : colorée, suspendue, remplie de friandises et de surprises, elle promet ce que l’on ne connaît pas encore et que l’on finira par partager.
Une saison musicale, au fond, devrait être un peu cela.
Celle-ci l’est particulièrement.
Le Chœur de Chambre de Namur fête quarante années d’une aventure devenue internationale : quarante ans à parcourir l’Europe, ressusciter des partitions, enregistrer, rencontrer les plus grands chefs et les plus grands solistes, tout en gardant Namur comme port d’attache. Cette saison rassemble Médée de Charpentier, les deux Passions et la Messe en si de Bach, L’Orfeo de Monteverdi, Ercole amante de Cavalli ou encore le Falstaff de Salieri dirigé par René Jacobs. Rarement autant de projets du Chœur auront convergé, en une seule année, vers sa ville.
Le Grand Manège, lui, n’a que cinq ans. Cinq ans, et déjà une maison où l’on crée, répète, enregistre, transmet ; une scène où se rencontrent Christoph et Julian Prégardien, Jordi Savall, Ton Koopman, le Quatuor Ébène, Cédric Tiberghien, Lorenzo Gatto, Leonardo García-Alarcón, Stacey Kent, Sullivan Fortner ou les futurs lauréats du Concours Reine Elisabeth. Et pour son anniversaire, il reçoit même un orgue. À cinq ans, certains demandent des jouets. Nous avons vu un peu plus grand.
Beethoven traverse la saison à l’approche du bicentenaire de sa mort : ses symphonies, son concerto pour violon, ses trios, ses dernières sonates, le Quatuor Razumovsky et la Grande Fugue. Mais le passé n’a d’intérêt que s’il continue à nous parler. À côté des chefs-d’œuvre viennent donc les œuvres rares, la création, les chemins de traverse : la Messe des Glacesde Jean-Luc Fafchamps, Le Miroir de Jésus de Caplet, la Sarabande Soufie de Keyvan Chemirani et tant d’autres surprises.
Car Na! ne tient pas tout entier entre les murs du Grand Manège.
La Phila fait circuler la musique de l’orchestre symphonique au jazz, de Purcell à Stravinsky, de l’Abbaye de Malonne au Delta ; NAMusiq’ invente, à l’heure de midi, d’autres façons d’écouter. L’IMEP fait entendre celles et ceux qui seront les musiciens de demain : orchestre, opéra, baroque, pop, création, musique à l’image, Big Band et, cette année, un grand rendez-vous autour de l’orgue. Cavatine cultive une autre échelle encore : celle du concert du dimanche matin, proche des artistes, à la Maison de la Poésie ou à Yvoir, avec ce verre partagé qui prolonge naturellement la musique.
À Saint-Loup, au Delta, à Malonne, au Théâtre, à l’IMEP, à la Maison de la Poésie comme au Grand Manège, la musique déborde désormais largement de la salle qui voudrait la contenir.
C’est peut-être cela que racontent le mieux nos deux anniversaires. Non pas quarante ans et cinq ans à contempler avec satisfaction, mais deux histoires qui ont rendu possible tout ce qui vient maintenant.
Et c’est aussi pourquoi cette piñata nous ressemble assez bien.
On en voit les couleurs. On devine quelques formes. Mais on ne sait jamais exactement ce qu’elle contient.
Des chefs-d’œuvre, des découvertes, des retrouvailles, quelques folies — et, puisque c’est un anniversaire, beaucoup de bonbons.
Jean-Marie Marchal
Jean-Marie Marchal
Directeur du CAV&MA et du Namur Concert Hall. Coordinateur de « Na ! ».
Jean-Marie Marchal
Directeur du CAV&MA et du Namur Concert Hall. Coordinateur de « Na ! ».